Quel rôle pour un parti politique ?

Résolution  présentée par la fédération du Mouvement des Jeunes Socialistes de Loire-Atlantique, à l’occasion du Conseil Nation des 16 et 17 avril 2016 et adoptée par celui-ci.

       Les primaires de la gauche pour 2017. Ces quelques mots, ce concept, semblent cristalliser l’attention des militants de gauche et des commentateurs politiques. Alors que nous vivons un mouvement social d’ampleur, que des initiatives de gauche font jour à tous les échelons de notre société, les éventuelles primaires de la gauche accaparent pourtant l’attention. Certains y voient l’espoir d’un changement de la politique actuellement menée, d’autres la possibilité d’unir la gauche ou encore la nécessaire légitimation d’un candidat de la gauche contre la droite et l’extrême droite.

Mais certaines choses ne sont-elles pas oubliées dans cette précipitation ?

  • Les Cahiers de la Présidentielle

Le Parti Socialiste a récemment annoncé travailler sur des « Cahiers de la Présidentielle » et non sur un programme. Nous sommes nombreux à craindre que ce changement sémantique traduise un formidable renoncement. La famille socialiste ne présenterait pas un programme, mais n’établirait qu’une liste de propositions que le candidat désigné retiendra ou non. Un simple coup d’oeil en arrière, vers le programme socialiste voté en 2011 et enrichi par les propositions du MJS suffit à s’en convaincre. Les différences sont criantes avec le programme du candidat Hollande et plus encore avec les actes du Président. Dès lors effectivement, pourquoi s’embêter à proposer un programme qui ne sera de toute façon pas respecté ?

Cette fuite en avant toujours plus folle vers le culte du chef, initiée par la Vème République nous semble délétère et doit absolument nous interroger sur les bases mêmes, sur le rôle des formations politiques.

  • La Vème République

Le fond du problème est là. Cette adaptation toujours croissante de la famille socialiste au rythme et au schéma de pensée initiés par la Vème République. Or, celle-ci ne vise qu’à une chose : la désignation d’un chef et l’assurance que peu ou pas de contre-pouvoir institutionnel pourront lui être opposés pendant 5 ans. Là, se situe le pouvoir au sein de notre société. Là, se situe la possibilité d’agir sur la société et c’est donc tout naturellement là, que les formations politiques et les citoyens vont concentrer leur attention. Une conséquence immédiate d’une telle logique, c’est de limiter le rôle du militant politique. Il ne sert alors plus qu’à désigner le candidat et à faire campagne pour lui. L’abandon par une formation politique de sa capacité à avoir une ligne claire, notamment au travers d’un programme en vue des élections présidentielles, renforce d’autant plus l’éventuel président élu. Les parlementaires issus de la formation politique ne doivent alors aucune loyauté au parti dont ils sont issus, car aucun programme n’est à respecter, mais simplement aux décisions du Président. Si on cumule à cela, le nombre important d’élections intermédiaires, c’est-à-dire cinq élections pour lesquelles il faut mettre en place un processus d’investiture puis une campagne électorale, le temps que peut consacrer une formation politique à travailler à autre chose que des élections se retrouve fortement limité. Nous devons sortir de cette trop grande place laissée à cette logique institutionnelle pour construire le socialisme.

  • Quel rôle pour un parti politique et pour un mouvement de jeunesse politique ?

A l’opposé de cette logique qui est centrée sur un individu, nous  Quel rôle pour un parti politique ?sommes convaincus que la politique passe nécessairement par le collectif. Construire collectivement nos positions, nos propositions, notre programme, c’est s’assurer de la qualité, du bien fondé et de la cohérence de l’ensemble du projet de société que nous proposons à nos concitoyens. Bien loin de certains préjugés, l’engagement ne diminue pas dans notre société. La défiance vis-à-vis des formations politiques est elle bien réelle, aussi cet engagement prend d’autres formes que l’engagement politique. Ce militantisme divers et inclassable crée des idées et des solutions. Le socialisme doit redevenir le fil qui donne une cohérence à chacune de ces perles, à chacune de ces propositions issues de la société pour pousser à la transformation à laquelle nous aspirons. Cette aspiration à la mise en commun des idées est palpable dans la société.

Pour ce faire, pour réussir à attirer massivement nos concitoyens à débattre au sein de la famille socialiste, il faut lui rendre sa diversité. La finalité électorale est certes importante, mais notre dynamique collective a comme moteurs forts la formation sous toute ses formes, le débat et sa traduction par le vote, des prises de positions concrètes et la convivialité. C’est d’autant plus vrai au sein du Mouvement des Jeunes Socialistes. Nous sommes exempt de cet impératif électoral et pouvons consacrer ce temps à nos débats et à faire ce dont le socialisme a désespérément besoin : sortir de l’immédiateté médiatique dans lequel le parti socialiste et le gouvernement sont englués pour travailler et faire émerger de nouvelles propositions.

➢Nous devons revendiquer la nécessité que la famille socialiste établisse un programme pour les échéances nationales. A défaut, le Mouvement des Jeunes Socialistes doit travailler dès à présent sur un véritable programme à proposer à nos aînés.

➢L’objectif de transformation de nos institutions est essentiel à notre action. Trop souvent, ce nécessaire changement a été pensé, théorisé puis abandonné une fois le pouvoir atteint. Plus que jamais nous portons la revendication d’une nouvelle République, plus recentrée sur le débat parlementaire et à l’écoute de la société, et de collectivités locales en nombre plus limité mais dotées de compétences majeures et d’une fiscalité propre, capables d’accompagner les transformations et transitions du XXIe siècle sur tout le territoire.

➢Oser ! Mettons en place de nouvelles formes de débats, de militantisme pour faire du MJS le lieu de rencontre de jeunes aux parcours les plus divers possibles. Prenons des risques et donc parfois acceptons de subir des échecs. Trop souvent par peur de cet échec, nous nous contentons de mener les actions auxquelles nous sommes le plus habituées. Initions notre révolution numérique. L’outil informatique permet d’abolir les distances, de conserver chaque proposition, de mettre en relation plus d’individus que jamais auparavant. Ce sont tout ces petits éléments, mis bout à bout, qui ferons de notre mouvement un des cadres privilégiés du débat et de la pensée de gauche.

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