Un nouveau souffle pour une nouvelle gauche

Plus de deux millions de votants et à l’arrivée un choix clair en faveur d’un candidat qui permet à la gauche de tracer de nouvelles perspectives et ainsi se relancer dans la course à la présidentielle. Au delà du succès démocratique d’une primaire, et malgré les interrogations qui ont pu se soulever sur la tenue et les conditions d’organisation, c’est également une confirmation pour ceux qui ont considéré tout au long des cinq dernières années que l’exercice du pouvoir ne devait pas faire cesser les débats au sein de notre famille politique. Avec pourtant un agenda resserré, peu propice à l’échange d’idées, chacun des candidats a participé au renouvellement de notre pensée politique avec l’émergence de propositions nouvelles, souvent compatibles.

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Primaire citoyenne 2017

Surtout, la forte mobilisation de jeunes, notamment en faveur du vainqueur Benoit Hamon, vient démentir l’idée selon laquelle les socialistes seraient définitivement déconnectés de la jeunesse, au profit de candidats « anti-système ». En plaçant au cœur des débats les nouveaux rapports au travail, le lien nécessaire entre politique sociale et écologie, ou encore en imaginant les bases d’une grande réforme démocratique, nous avons su prouver notre modernité et notre capacité à répondre aux attentes du peuple de gauche.

La campagne ne fait cependant que commencer, avec d’abord la nécessité de se rassembler. D’abord en retenant chacune des propositions affirmées lors de la primaire lorsqu’elles sont compatibles avec les orientations du candidat Benoit Hamon, ensuite en travaillant, chacun à son échelle, à renouer les liens avec les différentes composantes de la gauche pour proposer un programme commun aux français.

 

1. Renouer avec les jeunesses

La victoire de Benoit Hamon nous a permis d’entrevoir un réveil des différentes jeunesses. Les jeunes, tous ensemble, se sont levés comme un poumon prenant une nouvelle inspiration démocratique. Des jeunes qui votaient probablement pour la première fois ont été touchés par des thématiques qui traduisent une nouvelle manière de voir le monde du XXIe siècle. Des jeunes que les politiques pensaient jusque-là avoir perdus, ces “exilés de la République” issus des classes populaires ou de milieux ruraux, marqués de plein fouet par les inégalités à la fois sociales et territoriales. C’est cet appel, tant sur le plan de la santé, que sur celui du travail, qu’ont entendu ces jeunes et qui leur a donné espoir dans un candidat. Car Benoit Hamon porte le projet d’une société juste, égalitaire et profondément républicaine, tournée vers l’espérance tandis que la droite extrême et l’extrême droite s’appliquent à construire celle de la haine, de la division et de la stigmatisation. Durant les mois à venir, il faudra néanmoins continuer de convaincre ceux qui cèdent à l’idée selon laquelle il n’existe plus d’espoir, et qui se réfugient dans l’abstention ou auprès des extrêmes.

Plus que les jeunes il faudra aussi être présents auprès de ceux qui souffrent de la difficulté d’accès aux services publics, au numérique, aux transports, qui enclavent certains territoires et qui banalisent l’idée qu’il existe une France périphérique. Cette campagne présidentielle devra aussi servir à donner la parole à ceux que l’on n’entend pas comme par exemple les salariés de ces TPE et PME, qui font la France et son industrie, à questionner le Revenu Universel d’Existence, notre système de solidarité, afin qu’il soit profitable à tous et qu’il ne laisse personne sur le bord du chemin.

La plupart des jeunes ont l’impression de ne pas être pris en compte dans les projets politiques, et le font sentir par une abstention massive, ou un vote contestataire. Pourtant, ils sont au cœur des préoccupations de nos candidats. Au cours du quinquennat, de nombreuses avancées ont eu lieu, comme la garantie jeune ou les emplois d’avenir, mais il reste des lacunes. La lutte contre les inégalités et pour l’amélioration des conditions de vie des jeunes passe dans un premier temps par l’École. Nous nous félicitons que la refonte de celle-ci soit au centre du programme de Benoit Hamon, en étant à la fois dans la valorisation du bilan gouvernemental et en même temps dans la projection pour aller plus loin. Pointer du doigt les mauvaises conditions de travail des enseignants, avec une attention particulière pour les territoires les plus en difficulté, nous paraît être prioritaire.

Pour autant, le projet actuel du candidat Hamon présente quelques des manquements : il est important de prendre en compte tous les parcours des jeunes, en passant par le collège et les lycées généraux, professionnels ou technologiques, mais également par l’université comme les formations courtes, qui ne sauraient être oubliées. Enfin, nous soutenons l’idée d’un revenu universel, notamment parce qu’il permettrait aux jeunes de se concentrer sur leurs études, de favoriser la réussite scolaire en évitant de se perdre dans des emplois étudiants.

 

2. Social écologistes et démocrates

Benoit Hamon considère qu’on ne peut pas être socialiste sans être écologiste. En 2011, nous disions déjà que “nous ne pouvons plus penser la crise sociale sans la dissocier de la crise environnementale.” Que le candidat socialiste porte un projet de société définissant le développement durable comme essentiel à sa réflexion est un véritable changement de prisme culturel, salvateur. La social-écologie est un tout. Elle ne peut s’envisager sans une remise à plat des circuits de production, sans une remise en cause de la centralisation des moyens de production. La social-écologie est aussi une vision de l’action et de la puissance publique. Il ne peut y avoir de mutation écologique de notre société sans la réappropriation de l’ensemble des outils du politique : fiscalité, montants compensatoires, décentralisation.

“La dette écologique m’importe plus que la dette financière” est clairement un axe qui doit être préservé durant la campagne et maintenu comme ligne directrice durant le quinquennat. Parler de santé et d’alimentation, valoriser l’agriculture bio, de qualité et sans produits néfastes, les énergies renouvelables, la diminution de la part de nucléaire avec une incitation fiscale pour la recherche d’options propres, d’entreprises responsables, sociales et solidaires conscientes de leur impact, permettra de n’oublier personne dans le développement économique de notre société, dans une démarche qui améliore la vie des plus faibles au lieu d’être une approche pour ceux qui en ont les moyens.

Nous nous réjouissons que le débat portant sur la VIe République ait été ouvert, ce sera l’occasion pour nous d’apporter à une véritable réflexion sur les notions d’éthique en politique et de vote à la proportionnelle aux législatives. Notre système politique doit évoluer vers une mutation vertueuse qui ne se concrétisera qu’avec de vraies réformes institutionnelles auxquelles nous devons collectivement réfléchir . La règle du jeu politique doit se tourner vers de nouveaux outils démocratiques que l’on aura le devoir de questionner dans les prochaines semaines. Il semble également pertinent que Benoit Hamon clarifie son positionnement sur ces enjeux qui peuvent apparaître symboliques mais qui seront en réalité au centre des débats de notre société.

Le thème des valeurs sera particulièrement présent et il ne peut être envisagé de balayer d’un revers de manche les attentes d’une bonne partie de la population française. La proposition de constitutionnalisation de la loi de 1905 (du moins des deux premiers articles) est une proposition sur laquelle nous devrons réfléchir.

 

3. Retrouver ses marques dans la campagne

La victoire de Benoit Hamon à la primaire est avant tout celle de citoyens de gauche voulant bousculer et accélérer les choses. C’est pourquoi, s’il a su rester digne pendant les débats de l’entre deux-tours, c’est maintenant au tour des soutiens de Manuel Valls de l’être vis-à-vis des propositions de Benoit Hamon. Car l’unité, le rassemblement dont nous parlons, passe aussi par la compréhension et les attentes des militants. De plus, les échecs avoués de ce mandat, doivent pouvoir nous permettre de nous relever plutôt que de nous “entre-tuer”. Prenons-nous à croire en une destinée meilleure, grâce à des perspectives réellement socialistes et qui font sens aux yeux de notre électorat.

La réussite de cette campagne sera aussi celle de la Gauche qui séduit par ses idées et sa vision du monde, qui ne se limite à pas à se défendre ou à encaisser les coups, mais qui construit, laissant les slogans et les postures de côté ! Car si Benoit Hamon a remporté la première bataille il n’a pas gagné la guerre ; il faudra, au cours des prochains mois, savoir être force de rassemblement et travailler aux côtés de nos camarades de la Jeune Gauche, toutes sensibilités confondues. A ce titre, nous saluons l’attitude de notre candidat, qui a rapidement tendu la main à Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon. Ne laissons pas le pouvoir à un candidat attrape-tout, “ni de gauche ni de droite”, qui mange aux râteliers de nos électeurs déçus.

Les primaires ouvertes ont transformé en profondeur la donne politique : là où des militants formés et acquis à une cause choisissaient avant leur représentant à l’élection présidentielle, le rôle de celui-ci est désormais réduit à peau de chagrin face à un électorat volatile qui se décide souvent au dernier moment selon ce qui ressort des débats télévisés et des médias. Nous voyons apparaître dans le champ démocratique un jeu à double tranchant dans lequel le rôle de la formation et du débat sont réduits et où le programme d’un candidat a plus de portée que celui d’un parti. Néanmoins, la mobilisation et la légitimité qui en résultent sont des ressorts sur lesquels le PS n’a pas su s’appuyer en 2012 après la victoire. Il faudra cette fois-ci éviter l’erreur dès à présent, en donnant le ton d’une campagne différente.

Si la gauche est aujourd’hui en capacité de proposer un programme ambitieux pour les français, elle doit encore le compléter et notamment s’interroger sur les orientations que doit porter la France dans ses relations internationales. Ces cinq dernières années, François Hollande a fait preuve d’un certain volontarisme qui s’est cependant parfois heurté au manque de solidarité de ses partenaires habituels. Avec l’élection de Donald Trump, le Brexit, mais aussi les velléités de Vladimir Poutine, le prochain président de la République, devra porter une ambition qui réaffirmera la place de la France en Europe et là où son intervention sera jugée nécessaire pour ainsi empêcher que le monde ne se défasse.

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